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Electromobilité : Comment passer au véhicule électrique dès maintenant ?

samedi 17 novembre 2012
Mis à jour le dimanche 13 janvier 2013

Lors du Mondial de l’Auto 2012, on a beaucoup entendu parler d’électrique. On a (pour certains) appris que l’État aidait fortement à l’achat de ces véhicules, soit jusqu’à 7 000 € dans le cadre du bonus/malus, en fonction du type de motorisation (hybride rechargeable ou 100 % électrique) et du coût d’achat. On y a entendu que ce bonus serait prolongé à 2013. L’événement a permis également de faire connaître les aides de certaines collectivités (Alsace, Poitou-Charentes...).

Le Mondial de l’Auto a aussi permis de lancer officiellement la mission sur le déploiement d’infrastructures de charge (bornes, coffrets...) pilotée par Philippe Hirtzmann de l’INERIS. On a même entendu parler de tarifs préférentiels pour le stationnement et, plus surprenant aux yeux de certains, sur autoroute.

Mais connaît-on vraiment les véhicules électriques ? L’acheteur moyen sait-il si un véhicule électrique pourrait correspondre à ses besoins ou pas ?

Avant les années 2000

Pendant longtemps, le véhicule électrique a bénéficié d’une image de véhicule urbain et/ou de deuxième véhicule. En effet, avec une faible autonomie, il était difficilement envisageable d’en disposer pour des déplacements quotidiens en secteur périurbain ou rural. Par ailleurs, en se plaçant dans une perspective « monomodale et propriétaire » (déplacements uniquement en voiture), il fallait pouvoir assurer les déplacements plus longs avec un autre véhicule.

Pour ceux qui ne s’intéressaient pas au débat de la fourniture d’énergie nucléaire (ou produisaient leur propre électricité) ou à la question du recyclage des batteries (parce que convaincus de la mise en place d’une filière avant que la batterie ne soit inutilisable), le véhicule électrique présentait des avantages certains :

  • il ne faisait pas de bruit
  • il était confortable à conduire (automatique, sans à-coups)
  • il n’émettait pas de polluants sur son lieu d’utilisation et en usage urbain, il réduisait ainsi le nombre de personnes confrontées à la pollution de l’air
  • la filière de production d’électricité était, sur un plan géostratégique, plus sûre que celle du pétrole Cependant, il paraît certain que le prix devait jouer dans le passage de l’intérêt vers l’achat. Or, avec un très faible coût kilométrique mais également une très faible autonomie, il était difficile d’utiliser la voiture très fréquemment, au maximum de l’autonomie offerte et donc de rentabiliser l’achat par les économies réalisées à l’usage. Mais tout a changé !

Depuis la fin des années 2000 : une autonomie suffisante pour au mois 87 % des déplacements

Une nouvelle génération de voitures électriques est apparue depuis la fin des années 2000. Elle tire généralement pleinement profit du maximum de charge disponible sur prise classique (16A, 230V). Les améliorations principales ont été de deux types :

  • pour un poids égal, les batteries actuelles transportent plus d’énergie. L’augmentation d’autonomie provient alors à la fois de la quantité d’énergie stockée dans la batterie et de la baisse d’énergie nécessaire pour propulser le véhicule.
  • La technologie des batteries limite « l’effet mémoire ». Il est alors possible de faire fréquemment de petites charges (et, régulièrement, des charges complètes) là où il fallait impérativement respecter des cycles complets pour s’assurer d’une bonne tenue dans le temps des accumulateurs.

La voiture électrique actuelle dispose d’une autonomie souvent supérieure à 80km en conditions intensives et plus de 150km le reste du temps. En effet, l’autonomie théorique généralement annoncée peut difficilement être obtenue autrement qu’en ne dépassant pas les 50 km/h, en n’utilisant pas le chauffage, etc. Tous ceux qui ont un smartphone savent que la course aux économies d’énergie est généralement nécessaire pour disposer d’une autonomie supérieure à 24h. Une utilisation de programmes gourmands et/ou avec bande-passante rapide (3G, wifi...) consomme beaucoup d’énergie. L’utilisation du véhicule électrique présente les mêmes caractéristiques. Avec le chauffage et en roulant à 130km/h, l’autonomie peut être divisée par deux. Mais même dans ces conditions, la plupart des véhicules du marché font au moins 60km ! Sachant que 87 % des déplacements européens feraient justement moins de 60 km... Et pour se garder un peu de marge, il suffit de rouler un peu moins vite ! La consommation étant probablement exponentielle, plus on limite sa vitesse, plus on augmente son autonomie. Pour ceux qui souhaitent évaluer les distances qu’on peut parcourir, voici un moteur de calcul intéressant : http://www.jurassictest.ch/GR/.

Combien de Français font donc plus de 60 km quotidiennement ? Très peu... Et heureusement pour eux ! Mais lorsque le sujet est abordé, on évoque les vacances ou les week-ends en famille. En effet, avec une telle autonomie, on remet en cause le modèle prôné probablement depuis les années 1930 : un véhicule - au moins - par famille et qui sert à tous les déplacements. Ce modèle est-il encore valable ?

Évolutions sociétales

Plusieurs mouvements se conjuguent aujourd’hui pour anticiper une baisse des usages automobiles en France et dans la plupart des pays industrialisés :

  • Les coûts de l’énergie ne font qu’augmenter. Avec l’apparition de nouveaux « besoins » (télécommunications...), les ménages voient leur pouvoir d’achat baisser régulièrement. La recherche de solutions de déplacement moins coûteuses devient alors essentielle.
  • Dans les secteurs urbains, les services de mobilité alternatifs à la voiture personnelle/individuelle se sont développés : transports collectifs de plus en plus nombreux/fréquents/rapides/capacitaires, systèmes de locations de vélo, d’autopartage, plate-formes de covoiturage... Puisqu’il est difficile de circuler et de se garer, ces alternatives sont moins coûteuses et parfois plus efficaces.
  • La complexité du permis de conduire, le nombre d’heures de conduite nécessaires avant son obtention, le coût total pour disposer du papier rose concourent à limiter le nombre de personnes en droit de conduire.
  • A la génération qui voyait dans la voiture un « formidable outil de liberté individuelle » et un moyen de montrer sa réussite sociale se substitue une tendance à favoriser l’usage plutôt que la possession. La génération dite « Y » utilisent d’autres moyens de se déplacer et cherche d’autres stratégies, le cas échéant, pour montrer son statut social. L’attachement à la voiture semble rester important chez les Français les plus riches... et les plus pauvres !
  • Enfin, la question environnementale joue comme un facteur supplémentaire. D’après les enquêtes déplacements, elle semble rarement justifier le passage d’un mode de déplacement à un autre mais lorsqu’on hésite, elle peut faire changer la balance.

Évolutions de l’offre

Dans ce contexte, les constructeurs automobiles cherchent des façons de se diversifier. Dans cette perspective, on voit éclore notamment deux types de stratégies :

  • Développer des modèles disposant d’une image plus « propre » quitte à les appeler « écologiques » ou « verts »... ce qui fait penser au phénomène de « green washing »
  • Développer de nouveaux services Les deux démarches ne sont pas contradictoires ! Le must semble être actuellement de proposer des systèmes d’autopartage avec, de préférence, des véhicules électriques. Bolloré à travers sa candidature à Autolib’ est à part car il ne construisait pas de véhicules avant ses modèles électriques mais on peut citer les services Car2Go (Daimler et EuropCar), « Twizy way by Renault » en région parisienne, BMW en Californie...

Ces systèmes ne viennent pas concurrencer l’offre classique directement mais les constructeurs se placent aussi souvent sur ce créneau (Citroën Multicity, Renault Rent..,). Avec des offres qui permettent de disposer d’un autre véhicule de la gamme, on a aujourd’hui la possibilité de choisir son modèle en fonction de ses usages habituels et non plus exceptionnels. On peut alors disposer d’un petit véhicule pour la semaine et si on a une famille nombreuse, louer pour un week-end un monospace.

Cas d’un ménage où il y a deux voitures

Prenons maintenant le cas d’un ménage où deux véhicules seraient nécessaires. Il est en effet utile de souligner que si le kilométrage d’un véhicule est faible (moins de 6 000 par an, par exemple), recourir à des services d’autopartage et/ou de location classique est plus économique. Si deux véhicules sont nécessaires, un peut être utilisable dans les cas extrêmes (besoin de déplacer la famille, de transporter des objets encombrants...), tandis que l’autre n’aura pas forcément besoin d’être aussi spacieux. Un véhicule électrique peut, dans cette configuration, remplacer facilement un des deux véhicules et être particulièrement économique s’il roule quotidiennement beaucoup (plus de 40km). Le véhicule électrique est alors le véhicule principal, celui qui roule le plus (puisque le plus économique à l’usage). Et ceux qui s’inquiéteraient d’avoir une autonomie limitée avec une configuration de ce type doivent se demander : combien de fois ai-je besoin en même temps de faire des trajets dépassant l’autonomie d’un véhicule électrique ?

Cas d’un ménage où il n’y a qu’une seule voiture

Lorsqu’on a une seule voiture, on s’inquiète sur la possibilité de partir en vacances, faire des week-ends en famille... C’est là que les nouvelles offres interviennent ! A chacun de faire son calcul : combien de fois par an ai-je besoin d’un véhicule pour faire un déplacement supérieur à l’autonomie d’un électrique ? Combien cela me coûterait-il d’utiliser les alternatives existantes (train/cars, location classique, services de location du constructeur...) ?

Conclusion

Le passage au véhicule électrique peut être guidé par plusieurs facteurs. S’il est essentiellement économique, il sera limité à des cas d’usage intensif mais compatibles avec l’autonomie de la batterie. S’il est plus qu’économique (confort de conduite, absence de bruit, énergie plus soutenable que le pétrole possible...), à chacun de faire le point sur ses usages. En pensant le pour et le contre, ce qui paraît une contrainte au premier abord devient ensuite une source d’économies...

Peu considèrent aujourd’hui que la voiture va remplacer le parc automobile actuel... Tout calcul sur le nombre de réacteurs nucléaires nécessaires pour faire tourner le parc actuel est donc nul et non avenu ! Pour de nombreuses raisons, qu’elles tiennent au pouvoir d’achat, à la réduction des pollutions, des émissions de gaz à effet de serre, aux problèmes d’engorgement des villes, de bruit ou encore de sécurité « routière », il faut développer des alternatives à la voiture individuelle. L’adaptation au véhicule 100 % électrique rechargeable peuvent aujourd’hui être considérés comme une première étape vers des changements de comportement en matière de mobilité qui mèneront plus facilement à des comportements multimodaux privilégiant le mode de transport le plus économe (en pollution/place occupée/coût).

Bien que le développement urbain depuis les années 70 avec sa spécialisation fonctionnelle entraînant la dépendance à la voiture soit peu à peu remis en question, même un changement radical dès maintenant n’aboutirait pas, du jour au lendemain, à une création de la ville à « courtes distances » propice aux modes doux/actifs, aux transports collectifs et une utilisation exceptionnelle de la voiture. Pendant plusieurs décennies, il faudra vivre avec des secteurs périurbains où la voiture restera le seul mode de déplacement considéré comme viable parce qu’impossibles à desservir de façon soutenable par des transports collectifs performants, parce que les distances seront considérées comme trop importantes pour être parcourues à pieds ou à vélo, notamment avec des enfants en bas âge, parce que la vitesse de circulation des véhicules et l’absence d’aménagements de type urbains (ou voies de circulation complètement séparés) n’aideront pas... Le véhicule électrique pourra se tailler une place dans ces secteurs dans lesquels l’installation d’un point de charge individuel est souvent plus simple. Espérons alors que se développeront le covoiturage et l’autopartage entre particuliers...